Seaqual : la fibre plastique qui dépollue les fonds marins

C’est en 2016 que Seaqual 4U s’engage dans un programme inédit : celui de créer des fibres écoresponsables en recyclant le plastique issus des fonds marins. Comme quoi la dépollution des océans peut servir la cause d’un secteur de la mode qui met son environnement en péril. Et autant les producteurs de textiles, les ateliers de confection et les marques ont adopté Seaqual qui ne cesse d’étendre sa communauté.

Cela fait près de 6 ans que l’entreprise espagnole Seaqual 4U s’est lancée dans une initiative ambitieuse. Elle veut créer des fibres à partir du plastique des fonds marins. Son but est clair : nettoyer et protéger les milieux aquatiques. Et au regard de l’état de nos océans, il y a du boulot ! En effet, les chiffres sont alarmants. Chaque année, entre 8 et 12 millions de tonnes de détritus finissent dans la mer, soit l’équivalent d’un benne à ordures par minutes. Mais, moins de 5% des matières plastiques sont retrouvées sur les plages et les côtes. Et seulement moins de 1% flotte à la surface des océans… De quoi s’inquiéter de l’état des fonds marins.  C’est pourquoi, Seaqual a décidé d’aller chercher ces 94% du plastique du fond des océans et qui se détériorent en nanoparticules ingérées par les poissons.

Avec l’aide de 400 bateaux de pêche et de 1500 pécheurs partenaires, Seaqual récupère les déchets plastiques pris au piège dans les filets de pêche. A l’origine, Seaqual concentrait ses efforts dans les mers de la Catalogne du Sud au large de la Méditerranée. Puis, le réseau Seaqual s’est étendu à l’Afrique et à l’Asie. Il s’est mis en relation avec des pêcheurs locaux, mais aussi des pouvoirs publics, ainsi que des projets de nettoyage des plages. L’entreprise espagnole récupère ensuite les déchets et les traite pour les recycler. Les fibres et fils (continus et discontinus) ainsi créés finissent dans le secteur textile, mais aussi l’industrie automobile.

Un traitement spécifique pour le plastique ? Il est d’abord lavé pour être débarrassé de ses contaminants comme l’huile. Le plastique est ensuite broyé en paillettes. Puis, ces dernières sont fondues pour former un fil qui sera tissé et permettra la confection de vêtements. Et cette matière plastique recyclée n’a pas (grand chose) à envier au plastique neuf. Puisqu’elle offre les mêmes propriétés qu’un polyester vierge. Mais, avec une empreinte écologique moindre : -20% de consommation d’eau, -40% d’énergie, et -50% d’émissions de CO2. Un bilan plutôt positif car même la production de fibres recyclées pollue. Néanmoins, Seaqual s’est dotée de scientifiques et de chercheurs qui étudient et optimisent le processus de transformation et de recyclage du plastique. Cela afin de limiter la pollution (contre-intuitive) du processus de recyclage.

Répartition du plastique dans les océans

Et les marques, quelque peu soucieuses de l’impact de l’industrie textile sur l’environnement, raffolent de ce polyester recyclé des océans. Les fibres en polyester recyclé servent à la fois les besoins du prêt-à-porter, du denim ou de la chaussette. Mais, ces fibres sont particulièrement appropriées pour confectionner maillots de bain et vêtements de sport en raison de ses propriétés extensibles. Les fibres Seaqual s’adressent aussi aux fabricants de tissus qui cherchent des fils respectueux de l’environnement.

Le polyester recyclé présente quelques limites. Le processus de fabrication peut inclure des produits chimiques (du chlore pour le blanchir notamment). De plus, il n’est pas recyclable à l’infini, d’autant plus s’il est couplé à d’autres matières, voire du plastique neuf. Toutefois, « chaque kilo de fibre produite, c’est un kilo de déchets qui disparaît des océans » selon le salon Interfilière Paris. Et ça, on ne peut pas leur enlever. Reste à savoir ce que deviennent les vêtements en polyester recyclé une fois en fin de vie. Sont-ils mis hors d’état de nuire ?

Un réseau du plastique recyclé des mers qui s’organise

« Tous nos vêtements sont en textiles 100% recyclés. Précisément en polyester recyclé fait à partir de matières plastiques récupérées dans la mer. Nous faisons partie du programme Seaqual. Nous avons tout de suite été séduits par l’initiative. En plus, le programme répertorie tous les partenaires par métiers, ce qui facilite nos collaborations avec des acteurs qui partagent les mêmes valeurs que nous ». Marie Dagnicourt travaille à l’atelier Pere Pigne, un atelier de confection de vêtements. L’atelier de Perpignan a également lancé sa marque écoresponsable à partir de ces fameuses fibres Seaqual. Donner une seconde vie au plastique des océans en faisant de la mode écoresponsable : le meilleur compromis selon Marie Dagnicourt.

Seaqual et Seacell, nouvelles fibres recyclées

Et l’initiative a séduit de nombreux producteurs de textile, tels que Lemar et A Sampaio au Portugal, Textil Santandernia en Espagne, et Sofileta en France qui utilisent notamment les fibres Seaqual issues des deux ateliers de filature espagnols licenciés Antex et Vich-Gerona. Fabriqués à partir de plastiques marins revalorisés, les produits bénéficient d’une traçabilité certifiée des matériaux, une sorte de traceur ADN intégré, garantie par Seaqual et impliquant toute la chaîne de valeur. Pour que les fibres transformées en textile, soient référencées jusque dans les vêtements. A travers ce sourcing rigoureux, Seaqual garantit la traçabilité de ces fibres.

Et nous les avons retrouvées chez Hey Les Copines, dans les modèles de maillots de bain qui intègrent les fibres Seaqual. Cette marque de lingerie féminine française créée en 2017 aux maillots de bain rétro-modernes s’est même donné le défi de réaliser 100% de ses maillots de bain en fibres recyclées d’ici 2021. Mais la marque n’est pas la seule à utiliser les fibres plastiques sauvées des océans. La liste est longue… Parmi elle, Seaqual a récemment collaboré avec la marque américaine Gant. Le résultat : la chemise Tech Prep et la Ocean Prep Chaussures sneakers Hightown, une paire de sneakers naturellement respirante en déchets plastique recyclés. D’autres entreprises utilisent des matières premières marines. C’est le cas de Seacell qui a fait le choix des algues brunes pour créer sa fibre écoresponsable. Parce qu’il n’y a pas que du plastique dans la mer, mais rappelons-le tout de même.

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