Quand la mode façonne le corps des femmes

Dans les années 1910, les femmes portaient le corset pour être à la mode de l’époque : avoir une taille la plus fine possible posée sur des hanches plus généreuses. Le corset est peut-être l’exemple le plus édifiant montrant que la mode façonne le corps des femmes. Et la mode et les canons de beauté ont, de tous temps, impacté corps et morphologies. Aujourd’hui, à l’heure d’une plus grande acceptation de tous les corps, et si les femmes reprenaient le contrôle sur les stylistes et designers ?

Mode et morphologie sont liées de manière complexe. Autant la mode influence les morphologies en façonnant son idée du corps idéal, autant les morphologies obligent les créateurs à s’adapter à elles. A travers le temps, ce lien a toutefois évolué vers une plus grande acceptation de toutes les morphologies et de tous les corps. Mais, ce n’était pas gagné. Dans les années 1910, le corset avait façonné la taille de guêpe comme l’idéal féminin avec des hanches généreuses et une poitrine voluptueuse. Le corset n’était ni pratique, ni confortable et pouvait même occasionner des problèmes digestifs ou respiratoires. Mais, il était la norme. Les femmes se mettaient donc à la mode du corset pour avoir la taille la plus fine possible. Preuve d’un lourd impact de la mode sur la morphologie féminine.

Et ensuite ? Les années 1920-1930 voient l’introduction du masculin dans la mode à un moment où les femmes cherchent à s’imposer et militent pour une plus grande liberté, qui passe aussi par la mode. La silhouette se veut davantage androgyne et les formes sont aplaties, notamment à l’aide de soutiens-gorge adaptés.

La complexité du corset (on dirait presque un instrument de torture…)

La femme pulpeuse qui n’a plus peur de dévoiler ses formes apparaît dans les années 1940-1950. Le corps féminin s’inspire du modèle de la pin-up. C’est l’apogée du maillot de bain deux pièces et la gaine telle qu’on la connaît aujourd’hui fait son apparition. La mode des années 1950 accorde une grande place à la haute couture, en particulier française. Paris (re)devient ainsi la capitale de la mode. L’élégance à la française est née. Les vêtements du quotidien sont quant à eux réalisés par des couturières de quartier ou chez soi. La mode des années 50 cintre la taille, propose des jupes longues et met la silhouette en valeur. Le chapeau et le manteau deviennent des indispensables de toutes les garde-robes. A la fin des années 50, la nouvelle génération invente un nouveau style. La taille disparaît alors et les lignes des vêtements sont plus floues.

Deux types de morphologies coexistent comme idéaux dans les années 1960 et 1970 : la femme maigre aux hanches étroites, aux jambes interminables et à la petite poitrine, et la femme mince avec des formes. Brigitte Bardot est passée par là et a nettement influencé les standards de beauté de ces années-là.

Image de la pin-up d’autrefois

A partir des années 1990, les morphologies athlétiques et sveltes sont en vogue. Les corps féminins musclés (dans une certaine mesure) sont appréciés. Cependant, dans le même temps, apparaissent les corps maigres, parfois poussés à l’extrême. Dans la continuité, dans les années 2000, les corps doivent être healthy à tout prix (mode toujours d’actualité). Il y a une grande culture autour du fait de prendre soin de son corps. Le corps sain est en quelque sorte glorifié. A tel point qu’on peut tomber dans un extrême contrôle de soi… Quoi qu’il en soit, la mode des années 2000 qui habille des silhouettes raffinées, bien que moquée, est assumée ! Les pantalons sont taille basse, les tops et les blouses dévoilent le ventre, les vêtements se superposent (une robe sur un pantalon par exemple). Les couleurs sont volontairement criardes et fluos. Les années 2000 s’inspirent des sous-cultures militaire, bohème ou streetwear.

Aujourd’hui, les morphologies semblent davantage s’émanciper de la mode au temps de l’acceptation des corps en « formes » et des corps ronds. De toute façon, les créateurs et designers ont bien compris l’intérêt de s’adapter à toutes les morphologies afin de toucher un plus large public. Bien évidemment, selon les marques, les tailles ne s’étendent pas à l’infini. Et s’émanciper de la mode, c’est aussi laisser la place à une plus grande diversité de corps et de morphologies au regard de l’impact que la mode peut avoir sur le corps. Il reste encore à ce que le monde de la mode arrête de faire l’apologie de la maigreur. Car les mensurations moyennes de la femme française, plus réalistes, restent encore trop peu visibles.

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