9 février 2021

Poétique : un dressing rock en Alter-cuir !

Vous rêvez depuis un moment de vous acheter un blouson biker ? Pourquoi ne pas vous laisser tenter par le biker « Fleurs du mal » de chez Poétique qui nous évoque volontiers le poète torturé Charles Baudelaire ? Pas de souffrance animale en revanche. Ici, toutes les pièces sont faites en Alter-cuir à partir de déchets de pommes et de céréales. Interview éco-friendly avec Pauline Weinmann, co-fondatrice de Poétique.

Vous réinventez des pièces iconiques du dressing rock. Un dressing rock sans cuir, c’est possible ?

Pauline Weinmann : Oui ! On peut faire les mêmes pièces avec des matières alternatives au cuir. En fait, le cuir est même une matière de plus en plus décriée. On a donc cherché et sourcé des matières différentes. Nos pièces ont toutes une base recyclée végétale et un enduit. Quand on a fondé la marque il y a trois ans, il n’y avait pas grand chose. Maintenant, un peu plus même s’il reste encore beaucoup de travail sur ce sujet du cuir vegan.

Donc pour vous écoresponsabilité rime avec Alter-cuir ?

Notre démarche responsable va au delà de l’Alter-cuir. Nous essayons d’être transparent et responsable sur toute la chaîne de production en faisant de l’éco-sourcing avec des matières 100% végétales et issues du recyclage. Même nos boutons pression sont recyclés. Et la fabrication est bien évidemment française.

Vous utilisez de l’appleskin d’Italie et de l’Alter-cuir de céréales italien lui-aussi. Donc vous n’utilisez que des déchets pour confectionnez vos pièces ?

Voilà ! Nous utilisons des déchets de pommes et de céréales pour l’Alter-cuir. La doublure est en déchets plastiques, les pressions en laiton recyclé, et les zips et étiquettes en polyester recyclé.

Pommes… matière première pour de jolies pièces en cuir alternatif

Vous me parliez aussi d’un enduit que vous mettez dans vos pièces.

Oui. La pâte végétale est nécessairement couplée à de la résine qui permet de coaguler l’ensemble. Par exemple, l’appleskin est un mélange de déchets de pommes, provenant d’usines à jus au Nord de l’Italie, et de polyuréthane. Il va faire en sorte que les pièces soient durables et résistantes. Cette résine donne également l’aspect du cuir véritable. Pour les céréales, c’est à peu près la même chose sauf que les déchets sont pressés en huile, qui est en partie bio sourcée. Donc l’enduit est lui aussi en partie bio sourcé. On va encore plus loin dans l’écoresponsabilité. Toutefois, la partie résine est améliorable.

A part la résine, qu’est-ce qui pourrait déjà être amélioré à court terme ?

Toujours l’esthétique et la durabilité. Je pense aussi à la démocratisation de l’Alter-cuir parce que ces matières demeurent peu connues et que certaines personnes ont du mal à porter du faux cuir. On doit recréer beaucoup de sensations et d’émotions liées au cuir avec d’autres matières. Le but n’est pas d’être contre le cuir mais d’en proposer une alternative. Il y en a d’autres : le vintage ou la seconde-main par exemples. Mais, quand on parle de sac ou de perfecto, cela ne doit pas être synonyme de souffrance animale.

Est-ce plus difficile de produire avec les matières que vous avez choisies ?

C’est plus difficile déjà parce que ce sont des matières innovantes et qu’il y en a moins. Ensuite, on ne peut pas tout faire avec ces matières donc on adapte les pièces aux matières. Cela inverse complètement le schéma selon lequel on dessinerait d’abord et on achèterait les textiles dans un deuxième temps. Là, on cherche les textiles et on crée à partir de ceux-ci. Il nous arrive de faire dans l’autre sens mais c’est rarement beau. Les textiles utilisés en alternative au cuir sont plus capricieux. Parfois, on ne peut pas faire de couture classique sur ces matières, d’autres fois, les bretelles ne tiennent pas… Nous avons la matière avant et c’est elle qui nous inspire une jupe de telle forme par exemple. Tout part de la matière. 

Vous avez dû faire quelques tests avant de commercialiser vos pièces j’imagine.

Bien sûr ! Ma première jupe et mon premier biker ont été passés à la machine et testés en soirée. Je les ai sacrément crash testés ! Et ils sont encore valides ! Je ne me serais pas lancée dans l’Alter-cuir s’il n’avait pas eu la même durabilité qu’un cuir du même prix.

Jupe Poétique. Ne seriez-vous en train de changer d’avis sur l’Alter-cuir ?

Votre fabrication est 100% française avec un atelier en Ile-de-France et un dans le Nord de la France. Comment les avez-vous trouvé et convaincu de faire du vegan ?

Notre atelier du Nord de la France est un atelier social qui embauche des personnes en réinsertion. Ils ont donc régulièrement l’habitude de travailler sur des petits projets écoresponsables comme le nôtre. Il faut avoir une démarque éthique pour aller vers ce genre d’atelier. Ils font de la toute petite quantité, c’est de la slow fashion. En revanche, on ne peut pas tout faire avec eux au sens où certaines pièces sont trop compliquées à confectionner comme les pièces à manche ou les pressions. On s’est donc rapprochés d’un atelier écoresponsable et vegan sur Paris. 

Vos vêtements sont-ils recyclables ?

Vaste sujet. Un vêtement n’est aujourd’hui plus recyclable à partir du moment où deux matières sont mélangées. Donc un vêtement est aujourd’hui difficilement recyclable. C’est pour cela que l’upcycling, la seconde main et le vintage naissent. Nous souhaitons aller davantage vers de l’upcycling et du raccord. Après, nous ne pouvons pas tout faire. Nous avons déjà choisi d’aller vers du local, des matières recyclées et de l’alternative au cuir. Je pense qu’il y a un boulot à part entière à proposer du recyclage de vêtements.

Un engagement que vous prendrez demain ?

J’aimerais bien aller encore plus loin dans le sourcing en amont de la production, être directement producteur et plus seulement acheteur. Même si je connais aujourd’hui tous mes producteurs et leur sourcing, ce n’est pas moi qui fabrique les matières. Et, sur la traçabilité des matières, j’aimerais bien aller jusqu’à connaître le prénom de celui qui a ramassé le coton dans le champ.

La mode végane est en plein développement. A-t-elle un bel avenir devant elle selon vous ?

Elle est indispensable. De manière plus générale, je pense que toute marque qui émerge aujourd’hui doit avoir un ADN écoresponsable. Après, il y a plein de chemins. Nous avons choisi celui de la mode végane. Il faut aussi voir ce que le consommateur va en faire parce qu’il y a encore la queue devant Zara. On ne va pas changer nos modes de consommation du jour au lendemain, mais c’est aussi pour cette raison que la mode écoresponsable a un bel avenir. Les marques le savent et offrent de plus en plus de transparence. Il y a bien sûr toujours du greenwashing mais, en éduquant consommateurs et marques, la mode verte viendra !

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