Philippe Lalanne (Atelier Boivin) : « 100 ans que ça dure ! »

Philippe Lalanne et François-Régis Laporte, fondateur de Maison F, reprennent en 2018 l’Atelier de Jacques Boivin fondé en 1920. Historiquement spécialisé dans les cravates et les noeuds papillon en soie, ils se sont depuis diversifiés tout en se promettant une chose :  faire perdurer le savoir faire des artisans façonniers. Nous avons voulu percer l’un des secrets les mieux gardés de Paris… Rendez-vous avec Philippe Lalanne dans ce petit atelier surréaliste .

Vous reprenez l’Atelier Boivin il y a un peu plus de 3 ans maintenant avec François-Régis Laporte qui connaissait déjà bien l’atelier me semble-t-il…

Philippe Lalanne : Oui, absolument. En fait, les cravates Maison F étaient confectionnées par l’Atelier Boivin avant le rachat en 2018.

Il s’agit d’un atelier centenaire puisqu’il existe depuis 1920, ça fait quoi de prendre la suite ?

On respecte la tradition et le grand savoir faire de nos artisans ! Il y a ici à la fois le savoir faire de Haute-Façon et les archives de la maison, ce qui représente près de 6000 rouleaux qui ont parfois 35 ou 40 ans. En sachant que toutes sont accessibles à nos clients.

Et quelle touche personnelle avez-vous apporté à l’atelier ?

On a développé l’univers de la femme, c’est-à-dire en faisant des carrés, des head band, des rubans de cou ou de poignet, des chouchous, des ceintures, etc.

Y avait-t-il une réelle demande ?

Oui. La soie, dans l’univers de la femme est un produit qui existe. Et on disposait du savoir faire qui nous permettait d’aller vers le type de produits qui nous avons développé.

Si je regarde autour de moi, je peux voir plein d’univers différents parmi les pièces que vous proposez. Vous vous êtes aussi diversifié, non ?

Oui, tout à fait. Il y a d’abord l’univers à façon. Ce sont en somme toutes les pièces classiques de la maison que l’on va ensuite griffer à la marque des clients. Le deuxième univers – que nous avons développé – est le sartorial en vue de pouvoir montrer le savoir faire de nos artisans avec une gamme pour hommes et pour femmes extrêmement technique. Cela ne se voit pas forcément de prime abord à travers le design. Il faut plutôt regarder les spécificités techniques du sartorial. Les vrais les reconnaîtrons ! On va aller chercher certains points, des coupes spécifiques et des techniques de montage particulières. Et enfin, il y a l’univers de la collection de Maison F qui a fait le parti pris d’un design plus contemporain qui se matérialise dans les formes. On va retrouver des pièces en forme d’ailes d’ange, de sirène, d’origami, ou encore de tulipe.

L’atelier aux mille étoles…

Vous fabriquez des cravates et des noeuds papillon depuis 100 ans, ça marche toujours aussi bien aujourd’hui ? N’est-ce pas un peu désuet ?

Tout dépend de ce que l’on entend par cravate ! S’il s’agit d’une pièce montée à la machine avec un tissu quelconque de manière industrielle, peut-être un peu… et ce n’est pas notre métier. Mais la cravate faite à la main est un autre monde. On a affaire à des clients qui veulent de la Haute-Façon et qui sont de vrais connaisseurs. Il s’agit d’un marché beaucoup plus restreint mais cela fait 100 ans que ça dure !

Vous a-t-on déjà demandé des cravates pour des uniformes professionnels ?

Oui. On travaille régulièrement pour ce type de clients. Après, nous sommes façonnier donc on peut tout faire : des pièces uniques pour le cinéma ou le théâtre comme des pièces d’uniformes pour des grands hôtels, restaurants, ou entreprises.

Travaillez-vous aussi pour de petites marques et jeunes créateurs ?

Oui et de plus en plus. Nous sommes assez attractif pour les jeunes marques étant donné que nos minimum de production sont très bas. Nous pouvons faire des milliers de pièces comme seulement 6 pièces. En plus, nous faisons aussi beaucoup de prototypage. On peut partir de la feuille blanche et développer une collection entière. D’ailleurs, certaines marques ont commencé avec nous.

Combien de pièces sortent de l’atelier, par mois par exemple ?

Des milliers de pièces. On travaille en circuit ultra court, c’est-à-dire que l’on a le savoir faire et les étoffes. Certains clients peuvent toutefois venir avec leurs étoffes. Le circuit court a toujours existé chez nous. Non seulement on travaille très vite mais on a une empreinte carbone limitée, elle est juste celle de nos baskets pour faire les 5 mètres qui sépare le showroom de l’atelier !

Accessoire pour poignet

L’Atelier Boivin est situé au coeur du Sentier, quartier historique du textile, qui a un peu coulé dans les années 2000. Mais vous, vous êtes encore là. Quel est le secret de votre longévité ?

D’abord, nous sommes sur une niche. Bon, un peu moins sur l’univers de la femme. Et, dans les années 2000, on portait encore plus de cravates qu’aujourd’hui donc on a moins été impacté à l’époque. Mais, notre « secret » est surtout notre savoir faire traditionnel ancestral impossible à délocaliser et ni informatisable, ni industrialisable et heureusement ! Cela ne veut pas dire qu’on ne sait pas changer de cap très rapidement pour s’adapter aux contraintes et aux nouveautés au marché.

Quel conseil donneriez-vous à un atelier de confection qui voudrait s’installer dans le Sentier ?

Fonctionner en circuit court, être agile et valoriser les artisans français. Il me semble que les gens sont en demande de ça.

L’avenir pour vous, c’est quoi ?

Continuer ce que l’on a fait pendant 100 ans !

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