Noémie Bruley : « 1083 est juste une marque éthique qui souhaite habiller toutes les morphologies ! »

Noémie Bruley, ingénieure matériaux textile de formation, a rejoint 1083 il y a près de 8 mois en tant que chargée de développement produits.  Style des collections, nombre de produits, choix des matières : c’est elle qui développe la marque spécialiste du denim, au plus près des morphologies actuelles et en respectant les 1083 kilomètres autorisés pour la confection des pièces. Et la tâche n’est pas si facile… Interview écolo inclusive.

La relocalisation de l’industrie textile en France est la première ambition de 1083. Ce n’est pas si évident d’avoir tous les maillons de la chaîne non ?

Noémie Bruley : Non c’est clair. Après, le but n’est pas forcément de tout avoir, d’avoir des champs ou bien d’être teinturier. On essaie simplement de faire du mieux possible mais parfois il est impossible de faire mieux. Par exemple, nous utilisons du coton biologique qui provient de Turquie ou de Tanzanie comme il ne pousse pas en France. En revanche, nous avons réussi à avoir la filature, le tissage, le tricotage, l’ennoblissement et la confection ce qui est déjà pas mal !

C’est vrai que tous ces savoir faire ont un peu disparu en France, même s’ils reviennent progressivement. Comment vous y êtes-vous pris pour tous les rassembler ?

En fait, 1083 est un groupe qui rassemble plusieurs filiales : Tissage de France qui fait le filage et le tissage, le sandalier Max Vincent avec qui on travaille sur des chaussures, et les cinq boutiques Modetic (dont la boutique 1083) qui regroupent plusieurs marques écoresponsables de prêt-à-porter. Cette structuration en groupe nous aide à avoir des savoir faire et à pouvoir les mobiliser. Ensuite, nous travaillons avec d’autres partenaires pour les étapes qu’il nous manque.

Sont-ils également français ?

La confection de toutes nos collections est 100% française. Tissage de France dans les Vosges ou les Tissages de Charlieu au nord de Lyon s’occupent de la filature et du tissage. Nous travaillons avec trois ou quatre ennoblisseurs dont la plupart sont en région Rhône-Alpes ou dans les Vosges. Enfin, nous avons cinq ateliers de confection en France, dans le nord, à Marseille, ou encore vers Lyon.

Le jean 1083, pas un kilomètre de plus !

Vous commencez aussi à travailler le lin, une matière qui pousse en France, si je ne me trompe pas. 

Oui, tout à fait ! On intègre le lin dans notre collection avec un débardeur en collaboration avec la marque Splice qui est une marque de prêt-à-porter mixte 100% en lin. On profite de l’expertise de cette marque sur le lin, associée à notre expertise en matière de confection pour intégrer une nouvelle pièce à notre collection.

Vous mettez en avant différents types de morphologies en vitrine de 1083, notamment des femmes rondes. Habiller toutes les femmes était une autre ambition aux origines de la marque ?

C’est une évidence. On ne s’est même pas posés la question même si nos capacités de production nous limitent.

Comment ça ?

La capacité de production française en matière de jeans est limitée. On a beaucoup plus de demandes que d’offres. On est quasiment toujours en rupture de stock. Car il y a peu d’ateliers en France qui savent confectionner du denim. On est en train de former deux nouveaux ateliers d’ailleurs en plus de nos cinq ateliers. Mais actuellement, nous avons une telle demande que nos ateliers n’ont pas assez de capacités de production.

Vous privilégiez donc des tailles par rapport à d’autres ?

Ce serait le choix facile. Beaucoup de marques qui veulent faire de la rentabilité ne proposent pas ou peu de produits à destination des personnes rondes. Rester dans les tailles standards permet de faire plus de chiffres et d’être sûr de ne pas avoir de stock. La plupart des personnes sont quand même sur des tailles moyennes. Les tailles extrêmes sont plus rares. Et comme nos capacités de production sont limitées, on fait moins de grandes tailles. Après, depuis le départ, nous avons toujours essayé de proposer toutes les tailles. Pourquoi une femme petite et ronde n’aurait pas le droit à son jean comme une femme grande et mince ?

Toutes les femmes peuvent trouver leur jean chez vous ?

Oui ! Pas dans tous les modèles mais globalement oui. Car pour un jean, il y a la taille mais aussi la longueur donc pour un modèle de jean, on est vite à 50 tailles différentes.

Quelles sont les tailles que vous vendez le plus ?

Cela reste les tailles 36 et 38.

Mannequin portant le débardeur en lin issu de la collab’ avec Splice.

De plus en plus de marques mettent en avant des mannequins rondes. A quel moment avez-vous sauté le cap ?

On ne les mettait pas forcément en avant jusqu’à il y a quelques mois parce qu’on considérait que ça allait de soi que notre marque pouvait aller à toutes les morphologies. On ne se sentait pas forcément le besoin de le faire mais aujourd’hui, on est davantage sur des sujets d’inclusivité et de différenciation qui sont d’actualité. Et la mode a un rôle important à jouer dans la mise en avant de morphologies un peu plus rondes.

Vous ne mettiez auparavant pas ces mannequins rondes en vitrine parce que vous n’y pensiez même pas alors même que votre marque est adaptée à toutes les morphologies. Cela ne veut-il pas dire quand même que les morphologies rondes ne sont intuitivement pas celles auxquelles on pense en premier ? Que les tailles mannequins standards sont tellement intériorisées que l’on ne se pose plus la question ?

C’est vrai. Après, je vous confesse qu’en tant que petites marques, nous n’avons pas trop les moyens d’avoir des mannequins standards. C’est notre personnel qui essaie les prototypes. En conséquence, nous faisons avec les morphologies que l’on a et nous n’avons pas toutes les tailles. Ce sont souvent des tailles moyennes. Nous essayons désormais d’inclure de plus en plus de personnes avec des tailles différentes que l’on ne trouve pas dans le personnel !

A votre avis, mettre en avant des mannequins « en formes » contribue-t-il à mettre fin à une certaine apologie de la maigreur qu’il existe dans le milieu de la mode ?

On est tellement loin de tout ça ! On évite même de prendre chez nous des gens qui font trop taille mannequin ! C’est très bien mais ce n’est pas le reflet de la plupart des gens. Nous voulons juste faire une marque éthique qui souhaite habiller tout les morphologies. Nous avons par exemple sorti un modèle pour les morphologies O donc les personnes plus rondes et prévoyons de sortir cet hiver un modèle pour les morphologies P qui sont les personnes avec du ventre et des jambes fines. Et cela nous paraît normal puisque ces demandes nous ont été remontées. Le but est vraiment de coller aux demandes qui sont loin des stéréotypes de la mannequin filiforme. Après, les personnes maigres ont aussi besoin de s’habiller. L’un dans l’autre, pourquoi une personne maigre est-elle standard alors qu’une personne ronde ne l’est pas. Pourquoi ce ne serait-ce pas possible ?

C’est vrai qu’il y a tout autant de femmes rondes que de femmes minces, voire plus. Mais peut-être que les femmes rondes osent moins s’acheter des vêtements ?

C’est certainement vrai. C’est la mode elle-même qui a créé ce complexe d’acheter moins car les femmes rondes se sont rendues compte que la mode n’était pas faite pour elles. Heureusement, de plus en plus de femmes rondes s’affichent dans des publicités de mode.

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