20 janvier 2021

Mode végane et écoresponsable chez Manifeste011

Vous trouverez une boutique de mode atypique au 14 rue Jean-Macé dans le 11ème arrondissement parisien. Manifeste011, créé en mars 2018 par deux soeurs jumelles, Maud et Judith Pouzin, propose des pièces véganes et écoresponsables d’autres marques. Unique en son genre, le lieu promet de réconcilier les plus sceptiques qui ne jurent que par le beau à la mode végane. Interview sur la mode du futur avec Maud Pouzin.

Vous avez ouvert une boutique qui agrège des pièces véganes d’autres marques. Cela n’existait pas déjà ?

Maud Pouzin : Pas vraiment. L’idée de la boutique était de proposer une mode à la fois végane et responsable. L’un ne va pas sans l’autre pour nous. Sinon, le vegan peut tout aussi bien être du PVC travaillé par des enfants à l’autre bout du monde. Le vegan peut également être très polluant. Nous voulions donc à tout prix associer le côté responsable au vegan, c’est-à-dire de proposer des produits vegan, en fibres biologiques, avec une empreinte carbone la plus limitée possible, des conditions de travail décentes. Propres quoi ! Il y a  beaucoup de boutiques véganes ou écoresponsables mais pas vraiment de boutique de mode végane écoresponsable. On s’est donc lancées sur le sourcing des marques qui travaillaient sur ces deux critères.

Cela a-t-il été facile de faire le sourcing de ces marques ?

Non. Il y a énormément de greenwashing, de marques qui se donnent une image de responsabilité écologique trompeuse et qui ne respectent au final que peu de critères. Les marques avec lesquelles on travaille ont toutes rempli une fiche de renseignements et on les rencontre toutes. Il y a aussi beaucoup de labels indépendants qui nous aident à faire notre sélection, comme GOTS ou Fairtrade. Mais attention, ces labels sont plus ou moins sévères donc on regarde si les marques les cumulent. Après, il n’existe pas de marques parfaites car à partir du moment où l’on produit, on pollue. L’idée est juste d’être transparent et de donner le maximum d‘informations aux gens pour qu’ils puissent faire leurs choix en toutes connaissances de causes selon leurs propres critères : made in France, fibres biologiques, etc.

Les pièces doivent donc être véganes et écoresponsables pour intégrer Manifeste011. Quels critères plus spécifiques privilégiez-vous ?

La première chose est que la pièce nous plaise esthétiquement. Nous voulions aussi proposer de belles pièces face au reproche souvent adressé à la mode écolo de n’être ni belle, ni résistante. Mais, le marché a vraiment changé. On trouve aujourd’hui une offre vraiment belle, résistante, propre et végane. L’idée était de leur donner un espace et de mettre en lumière les marques qui développent ces produits. Après, nous regardons si les usines respectent leurs salariés, si le processus de fabrication est écologique, si les fibres sont recyclées ou biologiques, si les teintures sont naturelles, si la production et la fabrication sont locales. Le must est les marques qui font de l’upcycling car elles ne produisent pas de matières nouvelles. Il est rare qu’une marque remplissent tous ces critères mais elle doit au moins en avoir 4-5.

Aucun animal n’a été tué pour réaliser cette photo…

Une marque qui fait du polyester recyclé produit en France, c’est bon par exemple ?

Oui, même si le polyester reste une matière polluante à chaque lavage. Nous avons toujours préféré les fibres naturelles. Le polyester reste une fibre synthétique, par ailleurs peu respirante. On regarde aussi le confort et la durée de vie du vêtement. Après, les manières de recycler les fibres sont aujourd’hui de plus en plus performantes. Mais, c’est tout un débat parce que finalement recycler les fibres consomme aussi beaucoup d’énergie. En plus, les fibres recyclées sont mélangées avec d’autres fibres comme elles sont moins résistantes.

Bio ou local ? La question se pose aussi. Que doit-on privilégier ?

C’est une question difficile. Le coton biologique n’est par exemple pas du tout développé en France donc il vient forcément d’ailleurs. En plus, le coton bio nécessite beaucoup d’eau pour sa culture. A titre comparatif, le chanvre, qui va pousser en plus France n’est peut-être pas biologique mais nécessite moins d’eau. Il y a aussi des fibres cultivées en pratique biologique mais qui n’ont pas le label bio parce qu’il est compliqué à obtenir. Donc le local peut être plus écolo que le bio.

Est-ce vous qui allez démarcher les marques ?

Au départ, nous avons fait beaucoup de sourcing sur Instagram. Et aujourd’hui, de plus en plus de marques nous contactent. J’observe aussi que de plus en plus de marques se créent sur ce créneau de la mode végane. C’est super mais en même temps un peu dramatique. A-t-on besoin d’autant de nouvelles marques donc de nouveaux vêtements sur le marché ? Dans l’idée, j’aimerais mieux qu’on achète simplement moins de vêtements ou que l’on retravaille des vêtements qui existent déjà. C’est vraiment ce vers quoi nous souhaitons aller avec Manifeste011. Le problème de la mode est vraiment dans la quantité de vêtements produite et consommée.

Quand on achète une paire de chaussures véganes, est-elle aussi solide qu’une paire de chaussures en cuir ?

Oui. Il y a eu beaucoup d’innovations en la matière et le marché de la chaussure végane a totalement changé. Aujourd’hui, on trouve des cuirs bio-sourcés ultra résistants à partir de cuir naturel comme le maïs, la pomme ou le champignon.

La jeune génération s’oriente de plus en plus vers la mode écoresponsable

La mode végane a donc un bel avenir selon vous ?

J’en suis sûre et certaine, notamment grâce à toutes ces technologies. La recherche va très loin. Aux Etats-Unis, des chercheurs sont en train de développer du cuir in vitro à partir de cellules souches de vaches pour ceux qui sont en manque de cuir. C’est un peu effrayant et peut-être pourrait-on s’en passer mais au moins aucun animaux n’est tué.

Quelle est votre définition idéale de la mode écoresponsable ?

Une mode respectueuse de l’environnement et de ceux qui la fabriquent, c’est-à-dire non polluante et des conditions de travail décentes. Je ne suis pas contre que l’on sollicite des savoir-faire chinois ou indiens mais il faut pouvoir garantir à ces femmes, car ce sont des femmes la plupart du temps, des conditions de travail et un salaire décents. Et enfin, la mode écoresponsable doit être belle et agréable à porter pour le corps.

Manifeste011, c’est aussi une réflexion sur le genre ?

Oui, nous n’avons pas fait un rayon femme et un rayon homme. Nous avons au contraire tout mélangé car pour nous la mode n’a pas de genre. Beaucoup de pièces peuvent en fait aller à tout le monde. Chacun doit pouvoir s’habiller comme il le souhaite. On distribue une marque de chaussures qui fabrique des chaussures à talons jusqu’au 45 donc messieurs, faites vous plaisir ! Les catégories homme et femme, c’est un peu démodé non ?

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