17 novembre 2020

La lingerie peut aussi être écoresponsable

De la lingerie en fibres de polyester, matières plastiques et déchets maritimes recyclés, Fanny André a délaissé la grande distribution pour faire des sous-vêtements. Mais écoresponsables ! Elle n’a pas non plus délaissé le côté sexy et glam’. Une marque est née : Sans Prétention. Une interview sans chichi.

Vous venez des secteurs de la cosmétique et de la Grande Distribution, comment êtes-vous arrivée à la mode ?

Fanny André : J’avais envie de voir autre chose et de m’inscrire dans une démarche, pas écologique, mais écoresponsable avec des modes de consommation différentes. J’ai créé la société début 2019 mais Sans Prétention a réellement vu le jour au mois de mars 2020.

Que s’est-il passé entre début 2019 et début 2020 ?

Il y a eu des étapes de construction de business plans, de démarchage des banques, de recherche des fournisseurs et du fabricant, de réalisation de prototypes, de vérification des marchandises pour la production, etc. J’aurais dû mettre moins d’un an. Il y a eu du retard car un fournisseur n’a pas réussi à produire la qualité textile que je voulais.

Vous parlez de démarche écoresponsable, pas écologique. Quelle différence y mettez-vous ?

Je parle plutôt d’écoresponsabilité car les fibres que j’utilise sont du polyester. Il n’est souvent pas associé à l’écologie. Le coton est par exemple perçu comme plus écolo car il fait moins de mal à la nature même si la production requière toutefois beaucoup d’eau. À l’inverse, les gens pensent systématiquement à la pétrochimie quand on leur dit polyester. Sauf que moi, je n’utilise que des fibres recyclées et donc déjà produites. Les gens pensent également que le polyester pollue beaucoup les eaux. Il existe néanmoins des techniques plus propres, à savoir des filets de lavage qui évitent la perte de fibres de polyester dans l’eau. Je parle aussi d’écoresponsabilité parce qu’on utilise beaucoup d’élastiques en lingerie. Et les élastiques issus à 100% du recyclage ne se trouvent pas facilement. C’est compliqué à faire et en termes de qualité, ce n’est pas encore ça !

Fibres de polyester recyclé

Pourquoi être partie dans de la lingerie écoresponsable plutôt que dans le prêt-à-porter écoresponsable ?

Je voulais partir sur du prêt-à-porter. Mais, j’ai fait une étude de marché qui a révélé que beaucoup de marques étaient implantées sur le secteur. Je me suis naturellement tournée vers la lingerie. Après, ce n’est pas par dépit, c’est quelque chose que j’apprécie vraiment. Je trouvais aussi que le côté sexy et glamour manquait dans la lingerie écoresponsable donc je me suis lancée sur ce créneau là.

En même temps, j’imagine que le marché de la lingerie écoresponsable est moins structurée que celui du prêt-à-porter.

Exactement. Sur le marché du prêt-à-porter, il est plus facile d’avoir accès à des matières écologiques ou écoresponsables. Il est également plus facile de les assembler. La lingerie n’a pas les mêmes attentes en termes de finitions et de techniques de fabrication. Elle reste très technique car elle requière des matières fines et résistantes avec une finition irréprochable comme c’est auprès des parties intimes. Ce n’est pas tant qu’il y a moins de marques de lingerie écoresponsable mais elles sont plus petites. Le monde de la lingerie est resté sur des valeurs très traditionnelles alors que le prêt-à-porter commence à évoluer sur le sujet. J’ai par exemple rencontré des dentelliers sur des salons pour leur demander s’ils concevaient de la lingerie écoresponsable à partir de fibres recyclées et je me suis bien fait recevoir : « De quoi parlez-vous ? Jamais de la vie ! Nous sommes une maison centenaire ! ».

Vous avez commencé par quoi quand vous vous êtes lancée ?

Je me suis beaucoup renseignée sur les études de marché. Une fois convaincue par la viabilité de mon projet, j’ai fait les salons pour appréhender le marché et les habitudes des fournisseurs. Et, je me suis officiellement lancée sur la création.

C’est dans ces salons que vous êtes allée chercher vos matières premières ?

Je voulais absolument partir sur de la fibre recyclée certifiée Oeko-Tex. Il y a déjà effectivement le salon incontournable de la lingerie deux fois par an en France. Il regroupe toutes les marques de lingerie et s’associe avec l’interfilière qui regroupe quant à lui tous les fournisseurs français et internationaux. C’est principalement sur ces salons que j’ai trouvé mes fournisseurs. A l’origine, je voulais faire un produit 100% made in France mais je n’ai pas trouvé mon bonheur en matière de textiles. Je m’approvisionne donc auprès de fournisseurs espagnol et italien.

Vous avez deux fournisseurs ?

Je n’ai pas tant de fournisseurs que ça. Quand on est une petite marque, on n’a pas beaucoup de volumes et les fournisseurs demandent du volume pour fournir la matière. C’est un peu un problème. Quand nous avons un problème avec un fournisseur, nous ne pouvons pas nous rabattre sur un autre. Le poids d’une petite marque dans la fabrication du fournisseur est ridicule donc on n’obtient parfois pas exactement ce que l’on veut au niveau des quantités et des prix. On est un peu coincés et les fournisseurs le savent très bien ! En plus, il faudrait refaire les prototypes, réévaluer la qualité et refaire toutes les étiquettes. Après, certains fournisseurs proposent des surplus de stocks ou des fins de séries pour les petites marques.

Ce sont ces fournisseurs qui vous procurent des matières plastiques et des déchets maritimes ?

Oui ! C’est mon fournisseur Espagnol qui récupère toutes les matières plastiques autour de chez lui. Il va chercher les bouteilles plastiques, mais aussi tous les déchets qu’il trouve dans la Méditerranée. Je ne préfère pas un système de recyclage à un autre.

Une matière première : le polyester

Comment garantissez-vous qu’il n’y ait aucun risque pour la santé d’utiliser ces matières ?

Grâce à la certification Oeko-Tex 100 de toutes ces matières. Elle assure que le produit a une total innocuité et aucun risque en cas de contact avec les muqueuses et les parties intimes. D’autant plus que dans ma lingerie, j’ai fait une petite entorse en utilisant du coton bio pour mes fonds de culottes. J’aimerais bien trouver un jour du coton bio recyclé mais aujourd’hui, les épaisseurs ne le permettent pas. Le coton est fait de fibres courtes et de fibres longues qui forment un maillage. Quand on recycle le coton, il ne reste que les fibres courtes et pour assembler correctement le coton, il faut que le produit soit un peu épais. Sauf que, pour les fonds de culottes, on a besoin d‘un produit assez fin. Il ne faut pas que ça fasse couches-culottes quand même !

Sous quelle forme récupérez-vous vos matières premières ?

J’ai un premier fournisseur qui s’occupe de la transformation donc il va récupérer des déchets de fabrication textile, les détricoter, les retrier et les transformer en une bobine de fil pour pouvoir retisser derrière. J’ai un autre fournisseur qui ajoute à cette transformation de textiles, la transformation de bouteilles plastiques en un fil de polyester qu’il va retricoter ensuite. Mes fournisseurs s’occupent aussi des certifications Oeko-Tex et GRS (Global Recycled Standard).

De votre côté, que faites-vous dans votre atelier de Lyon ?

J’achète la dentelle déjà constituée de fibres recyclées. Je fais ensuite l’assemblage et les finitions, ce qui est déjà un bon boulot ! C’est dans ce lieu unique, spécialisé dans la lingerie haut de gamme, que nous faisons à la fois les prototypes et la fabrication. Mon fabricant a directement intégré le bureau de prototypage, ce qui évite d’avoir des intermédiaires et d’éventuelles surprises à la fabrication de la pièce qui peut changer entre l’atelier où elle est prototypée et celui où elle est fabriquée. 

Bien que vous ayez des fournisseurs européens, la fabrication reste bien made in France.

Oui ! Mais ce n’est pas simple. J’ai été désolée de voir, quand je cherchais des fabricants français en lingerie, qu’il n’y avait quasiment rien sur le marché ou qu’ils n’étaient pas visibles. Au niveau des prix aussi, il est très tentant d’aller vers d’autres pays quand on voit les prix pratiqués sur la fabrication. 

Lingerie écoresponsable et chic Sans Prétention
Crédits photo : Lauréanne Dotti

Une culotte écoresponsable coûte-t-elle plus chère à produire ?

La lingerie est déjà souvent un produit cher de manière général. Et quand on ajoute la partie écoresponsabilité made in France, les matières sont plus chères et les minimums de production plus élevés. Cela nécessite une trésorerie importante. Mais je voulais garantir un prix juste pour les clients. C’est pour cela que mon modèle est principalement basé sur la vente en ligne. 

Vous faites environ 150 pièces de chaque modèle. Comment s’organise votre production ?

Il n’y a pas de réassort sur les produits, pas non plus de collections en fonction des saisons. L’idée est de fabriquer une fois et de repartir ensuite sur de nouveaux tissus, de nouvelles dentelles sur la base des mêmes modèles. En ce moment, j’ai des nouveaux modèles en pré-commande sur Ulule.

Pourquoi n’utilisez-vous que du noir ?

Pour des raisons logistiques et techniques. Avec les minimums que j’ai été obligée d’acheter pour développer ma gamme, je ne pouvais pas prendre plusieurs coloris donc j’ai pris du noir parce que c’est ce qu’il y a de plus présent dans la lingerie féminine mais c’est aussi ce qu’il y a de plus intemporel.

Comment voyez-vous votre marque dans quelques années ?

J’espère qu’elle marchera ! Aujourd’hui, je ne vis pas de la marque et les ventes ne me permettent pas de financer de nouveaux modèle. C’est pour cela qu’une campagne Ulule est en cours avec des précommandes. J’aimerais bien aussi lancer un système de recyclage pour assurer une fin de vie écolo aux sous-vêtements Sans Prétention.

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