Posted in Production
18 janvier 2021

Fenyx : « C’est le truc à la mode ! »

Benjamin Martinez n’était pas destiné au secteur de la mode. Mais soucieux de pouvoir s’habiller selon ses propres critères, éthique et durable, il a décidé se s’y plonger. De sa prise de conscience, naît Fenyx, une marque de polos écoresponsables fabriqués localement dans sa région du Grand-Est. Il voit désormais beaucoup plus loin pour Fenyx. 

Vous avez lancé votre propre marque de polos écologiques : Fenyx. Une idée de renaissance d’une mode nouvelle face à la destruction qu’elle peut engendrer ?

Benjamin Martinez : C’est tout à fait ça ! Je vois Fenyx comme une extension de moi-même. Cela fait un moment que je faisais attention à réduire mon impact écologique. A l’origine, j’avais un emploi mais je voulais mieux consommer et je cherchais des vêtements plus responsables, durables, propres et éthiques. Je me suis vite rendu compte qu’ils n’existaient pas tellement. En tout cas, ceux que j’ai trouvé ne correspondaient pas suffisamment à mes critères. Si le monde que je rêve n’existe pas, je me suis dit autant le créer ! J’ai commencé à mettre le nez dans le textile, trouver les bons partenaires et Fenyx est né au printemps 2018.

Vous n’étiez pas dans le secteur de la mode avant, c’est ça ?

Pas du tout ! J’étais dans l’économie de la construction. En réalité, je ne vais dire que la mode ne m’intéresse pas mais ça ne m’intéresse pas ! Je le fais par nécessité et non par passion pour le secteur. Je ne me retrouvais simplement pas dans les offres de la société. Donc l’idée de Fenyx est de faire des basiques du quotidien. Le but n’est pas de produire pour produire mais de produire des pièces utiles, intemporelles et durable. 

C’est certain que l’économie de la construction est très éloignée de la mode…

Pas tant que ça finalement ! La maille que l’on utilise est normalement destinée à l’industrie donc elle est ultra résistante. Elle résiste bien plus à l’abrasion ou au boulochage qu’une maille classique.

Quand vous dites que vous utilisez des mailles destinées à l’industrie pour vos vêtements, de quoi sont-elles composées ?

Il s’agit d’un mélange de r-PET et de tencel. Le r-PET, c’est la fibre de PET recyclée, qui est par ailleurs théoriquement recyclable à l’infinie. Mais, comme on la mélange avec du tencel, qui est de la pulpe de bois d’eucalyptus provenant de forêts durables du Portugal, on ne peut pas recycler les polos. On ne coupe pas d’arbres, on utilise uniquement les déchets forestiers, branches et feuilles avec lesquelles on fait de la pulpe de bois par l’extraction de la cellulose.

De l’arbre d’eucalyptus à la fibre de tencel

Qu’apporte le tencel au vêtement fini ?

Le tissage fait que le tencel se retrouve à l’intérieur du vêtement tandis que le plastique à l’extérieur. Il n’y a pas de contact entre la peau et le plastique. Le tencel est hypoallergénique. En plus, il est plus doux et fluide que du coton. Il évacue bien l’humidité.

Le tencel vient du Portugal. D’où proviennent les autres matières utilisées ?

Elles ont toutes la certification origine France garantie. L’entreprise à l’origine de nos mailles se situe vers Nancy. Bureaux, création, développement, prototypage, entreprise qui développe le tissu, broderies et impressions d’étiquettes, sont entre Metz et Nancy.

Pour le PET recyclé, savez-vous d’où proviennent les bouteilles plastique ?

Les bouteilles sont récupérées à la frontière franco-suisse-italienne sur un rayon de 80 kilomètres. Elles ne sont donc pas chinoises…

A l’exception de la récupération des matières au Portugal et à la frontière franco-suisse-italienne, tout est ensuite fait localement dans le Grand-Est ?

Il y a une partie tissage à Roanne. C’est la seule étape de fabrication en dehors de la Lorraine. L’atelier de Roanne réfléchit à des nouvelles façons de tricoter pour améliorer la qualité et la durabilité du produit. Mais avec le confinement, j’ai dû trouver un atelier dans un rayon de 100 kilomètres autour de chez moi. J’ai trouvé un atelier sur Nancy qui m’a ensuite recommandé le fabricant de tissus. Je ne m’attendais à ce que tout soit si proche de chez moi et si qualitatif. D’ailleurs, j’ai eu de la chance. L’atelier de Nancy n’était pas du tout petites séries et vêtements éco-responsables initialement mais ils se sont rendus compte en interne qu’il fallait faire évoluer leur façon de faire et leurs axes de développement. Ils se sont orientés jeunes créateurs et création textile juste avant que je me pointe chez eux !

Benjamin Martinez et ses polos écolos basiques !

Un polo écolo Fenyx coûte-t-il plus cher qu’un polo classique ?

Mon idée de départ a été de cibler le marché du semi-luxe de type Ralph Lauren, Lacoste ou encore Tommy Hilfiger. J’avais envie que mes polos soient accessibles à tous avec un tarif qui reste un peu élevé mais en toute cohérence avec le coût réel du produit. Un polo me coûte 30 euros à fabriquer, ce qui est relativement cher et je le vends 65 euros. C’est très raisonnable quand d’autres marques multiplient par 3 ou 4 le prix de leur produit final. Quand je vois des gens fiers de porter un Lacoste, j’ai du mal à comprendre qu’ils soient toujours aussi fiers quand on sait tout ce qu’il y a derrière. J’aimerais bien inversement qu’un mec en polo Fenyx lui dise : « T’es sérieux, tu ne connais pas Fenix ? C’est le truc à la mode ! ».

Que manque-t-il à la mode éco-responsable pour une pleine expansion ?

De la visibilité pour se faire connaître et reconnaître. Pour Fenyx, j’avais contacté un média local et il y a eu un effet boule de neige. D’autres médias locaux ont écrit sur la marque. J’ai été contacté par France 3 et j’ai enchaîné les plateaux TV. On est quand même passé trois fois au journal national !

Quels ont été vos plus gros challenges liés à Fenyx ?

Le commencement. Trouver et sourcer les bons produits et trouver les bons partenaires. N’étant pas du tout dans la mode, j’ai dû apprendre à découvrir les matières. Je pensais par exemple initialement que le coton recyclé était l’avenir jusqu’à ce que plusieurs professionnels du secteur m’expliquent que la fibre se dégrade au moment du recyclage. Elle rétrécit et bouloche plus facilement et plus vite donc le vêtement est moins durable et mois beau longtemps. Au final, le coton recyclé n’est peut-être pas tant l’avenir que ça. La logistique aussi. Produire, c’est bien mais il faut être organiser pour ne pas se noyer dans toutes les pièces : tailles, couleurs…

Comment voyez-vous l’avenir de Fenyx ?

J’ai plein d’autres projets pour Fenyx ! J’ai d’abord envie de faire des sneakers. Les futures baskets Fenyx seront en semelle recyclée et cuir végétal de raisin. J’ai déjà trouvé un fabricant de semelles recyclées dans lesquelles j’aimerais bien injecter des chewing-gum. Ils ont bien sorti la Gumshoe à Amsterdam. On va également intégrer des tee-shirts et des sweat-shirts. On va lancer un financement Ulule pour une robe polo au printemps. J’ai aussi envie de faire des jeans. Et des doudounes pour l’hivers prochain en nylon recyclé avec du filet de pêche et en isolant en mégots recyclés. Avec tous ces produits, nous aurons quasiment l’intégralité des produits Fenyx éco-responsables locaux ! Bon, j’aimerais aussi développer des maillots de foot 100% recyclés et recyclables personnalisables fabriqués en Alsace parce que malheureusement je joue au foot (rires) ! J’aimerais vraiment que les gens puissent s’habiller entièrement en Fenyx.

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