Devenir entrepreneur de seconde main avec Cécile de Pristini

De plus en plus de marques de mode se lancent dans le vintage et la seconde main. Elles aiment la mode mais sont conscientes qu’il ne faut plus produire de vêtements neufs au regard de la quantité déjà disponible et de l’impact de leur production sur l’environnement. En véritables entrepreneuses, ces marques chinent, remettent en état, voire customisent, et revendent des pièces uniques. Nous avons rencontré l’une de ces entrepreneuses. Interview avec Cécile de Pristini.

C’est à l’événement Système Solère que je rencontre Cécile pour la première fois parmi les marques de seconde main présentent ce jour-là. A chaque marque ses portants, je défile dans les allées, m’arrêtant là où mon regard se pose. C’est finalement un magnifique haut en dentelle blanc de chez Pristini qui retient mon attention. Le mois suivant, je me retrouve chez Cécile, dans un appartement au look vintage soigné, pour parler mode, seconde main et entrepreneuriat. Je suis aussi repartie avec quelques pièces…

Tu as travaillé pendant quelques années dans une conciergerie de luxe. Comment passe-t-on du tourisme à la mode ?

Cécile : On se demande tout simplement si ce que l’on fait a du sens ! Quand la réponse est non, on change. J’aimais bien la mode mais je n’avais pas envie de travailler pour une marque déjà installée ou qui n’ait pas de cohérence avec ma vision de la mode. Je voulais créer un concept en accord avec mes convictions. C’est pourquoi, je me suis lancée dans le vintage. J’achète des pièces un peu partout que je revends ensuite.

Et chiner, c’est un vrai métier !

Oui ! Mais, c’est avant tout une passion. Cela fait à peu près six ans que je chine pour moi, je suis réellement passionnée de vintage. Et avant d’en faire mon métier, j’avais régulièrement des retours positifs de mon entourage sur les pièces que j’avais chinées. En plus, ce qui est plutôt cool, c’est que je ne me rends pas compte du temps que je passe à chiner quand on me lâche dans une brocante par exemple. Je n’ai pas l’impression de travailler. 

Tu disais que tu chinais un peu partout. Où ça ?

Dans des brocantes, des vide-greniers, des antiquaires, des friperies, sur Le Bon Coin, sur E-bay…

A quel moment décides-tu de créer une marque ?

J’ai vraiment commencé à avoir l’idée de créer une marque vintage en début d’année 2021. Après, cela a pris du temps à se structurer, à avoir un moodboard, une identité de marque, un nom. Il m’a aussi fallu légaliser la boîte, déposer le nom et acheter du matériel, portants, stockman, cintres, étagères… pour pouvoir commencer.

Comment choisis-tu les pièces ?

Je choisis vraiment des pièces uniques, authentiques et triées sur le volet. Je privilégie aussi des matières nobles donc la soie, le cuir, le lin, le coton. J’ai quand même quelques pièces en matières synthétiques mais en synthétique d’autrefois. Le vintage, c’est vraiment ce qui a plus de 20 ans pour moi. Le viscose ou le polyester d’aujourd’hui n’est plus du tout celui d’autrefois. La qualité a changé à mesure que la production à la chaîne s’est développée. Je regarde également la coupe et les finitions. Après, je fais vraiment confiance à mon intuition et il arrive souvent que je flashe sur une pièce. De toute façon, j’ai pris le parti de n’acheter que des pièces qui me plaisent à moi, car ce sont toujours celles qui partaient le plus vite. Au départ, j’essayais de suivre la mode mais cela ne fonctionnait pas forcément. Comme quoi…

Petit aperçu du showroom de Pristini…
Crédits photo : Anaïs Delatour

Et dans le style, as-tu des pièces ou des périodes fétiches ?

Je n’ai pas spécialement de période particulière. D’ailleurs, j’aime bien mixer les générations, enfin les époques, et ne pas faire un look entier années 80 par exemple.

Tu crées finalement ta marque, Pristini, avec les pièces que tu chines. T’arrive-t-il de faire des retouches, ajustements, etc. ?

Tout à fait. Pour l’instant, les retouches que je fais sont essentiellement de la customisation. Je vais changer une boutonnière, ajouter de la broderie, reprendre si c’est abîmé, recoudre, réajuster. Je retravaille aussi le cuir avec des matières spécifiques pour l’entretien pour remettre à neuf la pièce.

Et aussi de faire tes propres créations ?

C’est en devenir… L’idée serait de partir de quelque chose qui existe et d’en faire une coupe plus actuelle. Pourquoi ne pas, par exemple, partir d’un gros blazer masculin et le transformer en une veste un peu crop et une jupe. J’ai très envie de travailler des coupes que je ne trouve pas. Comme de faire une robe spaghetti upcyclée en soie toute simple. Ou alors de proposer des pièces avec des empiècements de tissus, qui relèvent plutôt de la pièce unique. J’adorerais faire une veste en cuir combinée avec du tissu.

Comment as-tu repéré l’évènement Système Solère ?

J’ai fait une formation sur l’auto-entreprenariat à laquelle j’ai croisé une fille qui travaillait déjà avec le collectif Système Solère. Je leur ai présenté ma marque peu de temps après et ça l’a fait ! J’ai intégré le collectif en juin dernier et j’ai fait mon premier pop-up.

Est-ce un bon canal de vente ?

Complètement. J’ai vraiment vu mon chiffre d’affaires décoller ! Et que mes pièces plaisaient. En plus, ce genre d’événements m’apporte de la visibilité. C’est aussi un gain de temps car les pièces que je vais vendre au pop-up, je n’ai pas besoin de les prendre en photo, de les mettre sur des sites Internet et de les envoyer. Il y a juste la préparation de la chine, la réparation éventuelle, le lavage et le repassage à faire.

Participes-tu à d’autres événements de ce genre ?

J’aurai mon premier pop-up avec CrushON le 9 octobre. C’est un collectif qui réunit plusieurs marques vintage professionnelles, amateurs, ou qui tendent à se professionnaliser. Ils organisent également des pop-up mais contrairement à Système Solère, ils proposent aussi une grande plateforme de vente en ligne.

Pristini, c’est aussi des sacs et des bijoux, vintage !
Crédits photo : Anaïs Delatour

Et sinon, tu vends aussi via Instagram et ton showroom, c’est bien ça ?

Exactement. J’accueille des filles dans mon showroom, chez moi. Elles ont souvent déjà repéré une pièce qu’elles viennent essayer mais elles repartent souvent avec une pièce coup de coeur supplémentaire. Et je vends directement en story Instagram. J’aurai également mon site Internet d’ici un mois. Et j’utilise aussi Vinted et Imparfaite.

De plus en plus de marques se lancent sur ce créneau de la seconde main. La concurrence est forte non ?

Il y a beaucoup de concurrence en effet qui peut faire peur. Mais, il y a de la concurrence dans n’importe quel secteur, le tout est de croire en soi ! Après, la mode est un milieu où il y aura toujours la demande parce qu’il faut s’habiller. Bon, il faut quand même se démarquer.

Comment fait-on pour se démarquer justement ?

En proposant ce que l’on aime, on va forcément être différent de ce qu’aime quelqu’un d’autre. Il faut laisser sa personnalité s’exprimer. J’ai hâte de mes prochaines créations pour aller encore plus loin dans ce que je peux proposer.

La gestion du stock est souvent un point épineux pour les marques. Comment gère-t-on le stock d’une marque de seconde main ?

En général, je rachète dès que je vends. C’est vraiment un renouvellement perpétuel, c’est-à-dire que quand je vends une pièce, j’en achète une nouvelle. Lors des pop-up, je vends en moyenne 30 articles par jour donc une bonne cinquantaine de pièces au minimum dans le week-end. Je sais que j’aurai un gros réassort à faire après chaque pop-up.

Quelles sont les compétences à avoir pour créer une marque de seconde main ?

L’optimisme ! C’est vrai qu’il peut y avoir pas mal de soucis au quotidien, de doutes face à la concurrence, de remises en question de savoir si les pièces vont plaire, etc. Et il faut aussi être passionné. En même temps, je pense qu’aucun entrepreneur ne se lance en se disant qu’il n’aime pas ce qu’il fait.

Qu’est-ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

Pourquoi pas d’avoir ma propre boutique. J’aimerais bien aussi proposer de la décoration et du petit mobilier en plus des vêtements et des bijoux. Mais surtout, de réussir à développer ma marque d’upcycling avec mes propres créations.

Please follow and like us:

Tagged with: , , , , , , , , ,