30 novembre 2020

Aurélia Wolff, teinturière végétale

Aurélia Wolff aimait les tisanes, les plantes et les couleurs… Elle fonde Whole, un atelier de création de couleurs à partir de plantes tinctoriales. La teinture végétale se transfère alors sur tous sortes de textiles. Et la couleur de la peau d’avocat pourrait bien vous surprendre…

C’est assez insolite comme activité la teinture végétale. D’où vous vient cette idée ?

Aurélia Wolff : Je ne me suis pas dit un jour que j’allais être teinturière végétale. Je me vois plus comme une créatrice textile d’ailleurs. J’avais une marque de mode avant et je faisais souvent teindre mes tissus. J’ai un certain goût pour les couleurs qui étaient le point de départ de mes collections. Progressivement, j’ai eu envie d’aller plus loin dans une démarche éthique de recherche de couleurs. J’avais quelques bouquins sur la teinture végétale. Mais, je ne savais pas trop par où commencer. Et mon stagiaire de l’époque avait fait de la teinture végétale. Il m’a mis le pied à l’étrier. Je me suis ensuite formée auprès de Michel Garcia qui est un peu vu comme un consultant sur la couleur naturelle. Il avait notamment fondé Couleur Garance. J’ai beaucoup expérimentée avec lui. Il y a eu plusieurs allers-retours et j’ai créé ma marque Whole 100% végétale.

Quand vous aviez votre propre marque de vêtements, où les faisiez-vous teindre ?

Je faisais teindre du tissu, pas des vêtements, chez des teinturiers français. Ils n’utilisaient pas de teinture végétale, c’était des colorants synthétiques traditionnels. Ils étaient quand même dans les normes européennes et Oeko-Tex.

Est-ce difficile de trouver en France des teintures qui ne font que du végétal ?

Oui, il n’y en a quasiment pas. Je connais quelqu’un qui fait de la teinture végétale sur laine mais il faut insister car ce n’est pas ce qu’il fait de plus courant. J’ai rencontré aussi des teinturiers qui utilisent la teinture végétale sur soie pour le luxe sur métrage. Mais, ce sont plutôt des artisans et des petites marques qui sont sur le créneau de la teinture végétale. Il ne me semble pas que des ateliers industriels 100% végétal existent.

La teinture végétale répond-elle aujourd’hui à un besoin ?

Je n’irais peut-être pas jusque là. S’habiller n’est pas tout à fait comme manger. On est aujourd’hui sensibles à ce que l’on mange et on essaie de s’approvisionner dans de meilleures filières. Le vêtement va forcément suivre le même chemin même si le besoin immédiat n’est pas ressenti. Sauf si l’on fait des allergies aux colorants évidemment. La teinture végétale touche quand même certaines sensibilités, ceux qui aiment la dimension artisanale et la couleur qui présente un aspect différent assez plaisant. Elle reste une niche. 

Tissu teint partiellement. Stylé !

Pourquoi s’y insérer alors ?

Mon parti pris est de montrer que la teinture végétale peut être contemporaine avec des couleurs vives et fraiches. Mais aussi, de montrer des techniques différentes dans lesquelles la teinture végétale s’inscrit de façon intéressante comme le tissage et la maille. Je fais également de l’impression avec des encres végétales de plantes ou de motifs en sérigraphie. J’ai envie de montrer que d’autres traitements textiles peuvent combiner la teinture végétale.

Où trouvez-vous vos matières premières pour la teinture ?

J’achète des plantes à des fabricants en France qui font exclusivement des plantes pour la teinture. Il y a une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr) de plantes tinctoriales en région parisienne. Des filles ont relancé des champs de culture dans le sud de la France. Je me fournis aussi auprès de Michel Garcia qui a des filières d’approvisionnement de plantes et qui fabrique aussi certaines préparations à partir de ces plantes.

Ces plantes sont-elles françaises ?

Elles le sont parfois et d’autres fois non. Certaines ressources sont importées. J’essaie autant que faire d’être sur des filières françaises mais ce n’est pas possible pour toutes les plantes.

Et pour le mordançage, qui sert à fixer la teinture sur le tissu, quels produits utilisez-vous ?

Du sel d’alun ou du sel de fer. On a aussi des procédés entièrement végétaux avec des extraits de tanin et de l’acide citrique mais qui ne marchent que sur la laine. Et pour monter les cuves d’indigo, on met de la fructose et de la chaux qui sont des ressources naturelles.

Où vous fournissez-vous en tissus ?

Je me fournis principalement en France : en lin bio, en mérinos… Et pour le coton, nous en faisons peu mais il est importé et certifié bio. Évidemment, ce n’est pas un coton français ! Le tissage est lui français. J’ai également fait du mohair français sur une série donc mon approvisionnement est très étudié.

Quand la teinture végétale dévoile toutes ses couleurs

La teinture végétale diffère-t-elle selon la matière ?

Oui absolument. Le coton et le lin ne se traitent pas de la même manière que la laine et la soie. Les fibres animales et les fibres végétales n’ont pas les mêmes propriétés.

Quelle est votre meilleure recette ?

Je suis en train de faire de la rhubarbe pendant que je vous parle ! Elle donne un très joli ocre. Ensuite, je fais beaucoup de rose façon sorbet à la goyave avec la garance. Après, je recycle beaucoup la peau d’avocat des restaurants qui fait un joli rose. Puis, j’ai une belle cuve d’indigo que je fais avec de l’indigo français issu de personnes qui ont relancé des champs de persicaire.

Le monde de la teinture végétal paraît très artisanal. Existe-t-il des moyennes ou grandes marques qui l’utilisent ?

Il y a des grandes marques qui en utilisent. Peu en made in France mais dans d’autres pays. En Inde par exemple, ils font de la production industrielle en teinture végétale. En France, les échelles sont plus petites. De mon côté, j’essaie de collaborer avec d’autres marques pour montrer ce que l’on peut faire en végétal. Mais de toute façon, il va falloir évoluer dans les pratiques. On ne pourra pas toujours faire ce que l’on fait aujourd’hui.

Faire de la teinture végétale permet aussi de recycler des pelures qui auraient été jetées.

Oui. On recycle les pelures d’oignons, les peaux d’avocat et les déchets d’artichauts. Certaines pelures contiennent plein de colorants et sont des ressources inestimables. C’est intéressant car cela évite de faire pousser la ressource colorante sur des dizaines d’hectares qui privent de faire pousser de l’alimentation.

Vous recyclez la peau d’avocat de restaurants. Un restaurant mexicain ?

Oui tout à fait (rires, ndlr) ! Je suis allée démarcher une chaîne de restaurants mexicains dans mon quartier qui fait évidemment beaucoup de préparation à l’avocat. Je récupère aussi les pelures d’oignon rouge chez eux. Ils ont été tellement réceptif et intéressé par ce que je fais que je leur ai laissé un échantillon. Pas de peaux d’avocat mais de tissu rose !

Please follow and like us:

Tagged with: , , , , , , ,

Comments & Reviews