Atelier Malterre : du textile français depuis trois générations !

L’Atelier Malterre a survécu à la mondialisation ! Et ce n’est pas peu fier que Laurent Malterre, troisième génération de textiliens de sa famille et gérant de l’Atelier Malterre, nous raconte comment il a du innover. Entre marchés de niche et production de textiles made in France revenue ces dernières années et portée par de jeunes créateurs écoresponsables, il ne sait plus où donner de la tête. Pourvu que l’atelier de tricotage perdure.

Vous êtes la troisième génération de votre famille à être dans le textile. C’est assez fou quand on y pense, d’autant que les ateliers de tricotage se font rares en France…

Laurent Malterre : Il n’y a rien d’exceptionnel à être issu d’une famille de textiliens ! En revanche, ce qui est exceptionnel est de continuer à le faire. À l’époque de mes grands-parents, faire du textile n’était pas extraordinaire. C’est un des plus vieux métiers au monde après tout, avec le logement et l’alimentation. Après, les ateliers se sont délocalisés avec la mondialisation, d’abord au Maghreb, puis en Chine, etc. On assiste maintenant à une demande croissante de textile local. C’est cette tendance de relocalisation en France qui nous porte actuellement.

Comment avez-vous survécu ?

Mon grand père faisait des tee-shirts, mon père des maillots de bain. Moi, quand j’ai repris l’Atelier Malterre, il était au point d’arrêt donc j’ai redémarré dans un contexte particulier. Il n’y avait pas de marché, pas de matériel, pas de savoir faire, pas de client, et pas d’argent. Ça faisait beaucoup ! Je suis reparti de zéro. Il restait quelques machines d’occasion, j’ai fait quelques produits et suis allé les proposer à des clients mais ça n’a pas marché. Ils les avaient déjà ailleurs pour moins cher. Alors, je leur ai inversement demandé ce qu’ils voulaient. Ils m’auraient dit : « Cirez-moi les pompes ! », je leur aurais ciré les pompes !

Et que voulaient-ils ?

C’est à ce moment là où l’on s’est mis à innover ! On a survécu en faisant des produits assez hétéroclites : des housses pour les cercueils, des cibles pour le GIGN, des bandes pour les acrobates, des tapis pour les escrimeurs… un tas de trucs bizarres ! On a survécu en faisant ces produits très spécifiques pour des gens qui étaient sur des marchés de niche mais parfois avec un caractère mondial. Par exemple, nous vendons nos bandes pour les acrobates jusqu’en Chine via notre distributeur. Comme le client ne fait pas de volumes, il n’avait pas de quoi délocaliser la production donc nous étions pertinents pour leur fournir ces produits.

Ici on tricote le fil
Crédits photo : Laurent Malterre

Et le textile dans tout ça ?

C’est revenu il y a 7-8 ans. Il y a eu à nouveau une demande de marché pour le textile made in France. Elle nous a replongé dans notre coeur de métier qu’on avait oublié. Maintenant, ces marchés sont devenus des marchés à valeur éthique, bio, recyclé, etc. On est porté par toutes ces mouvances liées à une plus grande écoresponsabilité du secteur textile, à tel point que c’est redevenu un segment dynamique et important pour nous.

Quand vous vous positionnez en 2013 sur la production locale et écoresponsable, étiez-vous sûr que ça allait devenir une vraie demande ?

J’avais senti une tendance il y a déjà pas mal de temps en lançant une petite collection de pyjamas en coton bio. C’était bien 5 ans avant que la tendance ne démarre vraiment. Moi, avant le côté éthique, je voulais juste faire un produit beau, de qualité, et qui me plaise. Bon, il n’a pas beaucoup marché parce qu’on est producteur, pas commerçant. Donc j’avais déjà une sensibilité personnelle sur le sujet de la production locale et écoresponsable. Puis, j’ai rencontré Christèle Merter de la centrale Gentle Factory qui travaillait à l’époque dans un groupe qui gérait notamment Jules et Bizzbee. Elle voulait lancer le segment de l’écoresponsabilité au sein de la centrale, elle m’a contacté et on a démarré ensemble. Ça a cartonné ! C’est la première à m’avoir demandé de lui faire du textile en France.

Vous êtes engagés dans une consommation textile responsable. Comment cela se traduit-il ?

L’essentiel de notre gamme est en coton bio. On travaille aussi avec des matières recyclées, du polyester et du coton. Après, le coton, même biologique, n’est pas ce que l’on fait de mieux.

Ici aussi, mécaniquement
Crédits photo : Laurent Malterre

Comment garantissez-vous le sourcing de ces matières premières ?

Les matières premières sont grecques ou turques pour les approvisionnements parce que ces pays font de beaux fils. Les filatures sont elles aussi souvent en Grèce. Ce n’est pas très loin…

Et en France, il n’y avait pas de matières intéressantes ?

Nous venons de lancer une campagne de lin, sourcé en France. Il pousse dans les Hauts-de-France même s’il est encore filé en Pologne. Tout le reste de la production est française : tricotage, teinture et confection. Mais l’an prochain, la filière lin sera entièrement française ! Pour le coup, le lin est absolument vertueux. Il n’y a zéro déchet dans le lin, tout est recyclé dans la filière et il ne consomme pas d’eau. Il est compliqué à travailler mais c’est une matière extraordinaire. On en produit pour Le tee-shirt propre par exemple, des tee-shirts bio et made in France.

Et au niveau du polyester recyclé, savez-vous d’où proviennent les bouteilles plastique ?

Les bouteilles plastiques sont récoltées au niveau mondial et centralisées en Asie. C’est là-bas que sont les usines qui fondent les bouteilles plastique pour les transformer en fibres. Et elles exportent leurs ballots de fibres dans des filatures du monde entier. Nous, on achète le fil auprès de deux distributeurs espagnols : Belda et Ferré. Ils mélangent les fibres de polyester avec du coton recyclé issu de déchets d’industrie. Ils centralisent les déchets, les broient et les transforment en fibres pour les mélanger avec du polyester ou du coton neuf. Mais on ne peut pas utiliser des matières recyclées à 100%.

Pour quelle raison ?

Parce que quand on broie des fibres, cela donne des fibres courtes. Or, il faut des fibres longues pour faire des vêtements. Si l’on a seulement des fibres courtes, le fil ne se tient pas. 

Voilà les rouleaux de tricot prêts pour la confection
Crédits photo : Laurent Malterre

Quelles étapes nécessite le tricotage ?

Le tricotage consiste tout simplement à faire un noeud avec un fil. On met les bobines de fil sur des machines à tricoter. On n’ajoute rien, c’est purement mécanique. Ensuite, le tricot part en teinture en France. Les rouleaux de tricot finissent enfin au lavage pour qu’ils se rétractent, se stabilisent et soient prêts pour la confection.

Qui sont vos clients dans le textile ? Des petites marques j’imagine ?

Oui, il y a plein de jeunes créateurs qui lancent leur collection. Après, on a un peu de tout mais le marché français du textile est essentiellement porté par des nouveaux entrants, des start-up de type Le tee-shirt propre et Cocorico. On leur permet l’accès à nos mailles parce qu’on n’est pas beaucoup sur ce créneau en France et nous voulons encourager ce type d’initiatives. On essaie de ne pas censurer les gens qui ont de la volonté.

Etes-vous ouvert aux petits volumes ?

Absolument ! On permet à nos clients de pouvoir nous acheter un rouleau de tissu, même quelques mètres pour les tissus de collection. Nous avons réussi à synthétiser la demande moyenne dans les produits que nous proposons, qui répondent à 80-90% de la demande. Mais, pour les demandes spécifiques, nous décrocherons toujours notre téléphone.

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